
4.
Знаешь сам, что я не буду славить
Нашей встречи горчайший день.
Что тебе на память оставить,
Тень мою ? На что тебе тень ?
Посвященье сожженной драмы,
От которой и пепла нет,
Или вышедший вдруг из рамы
Новогодний страшный портрет ?
Или слышимый еле-еле
Звон березовых угольков,
Или то, что мне не успели
Досказать про чужую любовь ?
6 января 1946
4.
Tu le sais, je ne vais pas rendre gloire
Au jour amer de notre rencontre.
Que pourrais-je te laisser en mémoire,
Mon ombre ? Que ferais-tu d’une ombre ?
La dédicace d’un drame brûlé,
Dont il ne reste pas une cendre,
Ou, jaillissant de son cadre doré,
L’horrible portrait de fin-décembre ?
Le chuintement des braises de bouleau
Si ténu qu’il faut tendre l’oreille,
Ou, pour lesquels le temps nous fit défaut,
Les mots de cet amour inofficiel ?
Anna Akhmatova
6 janvier 1946
Je ne sais plus qui disait que « traduire, c’est perdre ». Michel ou André ? En voici l’illustration frappante: alors qu’une rime sur deux de l’original est une rime riche, je suis déjà bien contente quand j’arrive à trouver des rimes bâtardes (ontre-ombre, endre-embre, eille-iel).
Traduire, c’est aussi adapter: le portrait de Nouvel-An s’est mué en portrait de fin-décembre, officiellement pour l’atmosphère de fête qui dans notre calendrier occidental tombe en décembre… officieusement, car mieux vaut une rime bâtarde que pas de rime du tout !
J’ai retourné dans tous les sens la dernière ligne de ce poème: les traductions allemandes et anglaises ne m’ont pas éclairée d’avantage, l’IA me fait un laïus psychologisant… j’espère que cet amour inofficiel est assez vague pour laisser les portes ouvertes !









